Les belles rencontres

Je travaillais le vendredi et le stock était paqueté sur la moto pour une destination nowhere après le boulot, retour prévu pour le dimanche soir. Ça m’arrive souvent. En sortant du bureau, j’ai regardé le ciel et c’est vers les États-Unis que ça avait l’air le plus beau, alors j’ai pris la direction des lignes américaines. 

Ce soir-là, j’ai roulé dans le nord du Vermont, franchi le mont Mansfield et atterri pour le dodo quelque part dans le coin de Stowe. C’était probablement en camping, je ne m’en souviens plus. J’avais vu passer sur Facebook que des amis s’en allaient faire la Tracy Road et la Lincoln Pond dans l’état de New York, et je leur avais dit que je les rejoindrais peut-être là. Ce qui était peu probable parce qu’en voyage, c’est assez rare qu’on sait où et quand on y sera très exactement. C’est la beauté de la chose. 

Le samedi matin, donc, après une pause au Burlington Bagel Bakery (un de mes préférés), je me suis dirigée vers Charlotte, toujours dans le Vermont, pour prendre le ferry vers Essex, New York. Je me suis stationnée derrière deux belles Ducati immatriculées du New Hampshire, un couple d’à peu près mon âge. 

Discussion entamée avec la fille super souriante et le gars d’apparence beaucoup plus réservée, avec mon anglais pas toujours au point. Ils viennent de se marier et sont en voyage de noces. Aaaahh! Ça donne quasiment envie de se marier. Je sais, il me manque un élément important pour ce genre de projet, mais bon… je trouve ça super romantique, et quelle belle idée quand même! Puis on discute motos et elle voit la plaque sur la mienne.

  • Tu viens du Québec?!? (dans un québécois parfait, je te jure!) Moi je viens de Tremblant! Wow c’est dont ben le fun que tu voyages toute seule comme ça! Ça te fait pas peur?

Marie-Josée (ça peut pas être plus québécois comme prénom je pense) vient de marier son bel américain et de s’installer avec lui, et maintenant ils sillonnent les routes de la Nouvelle-Angleterre en amoureux. Faut que je me trouve un mari américain qui fait de la moto. C’est clair. Lui, dont j’ai oublié le prénom américain d’ailleurs, me demande où je vais. Je lui parle de la Tracy Road et de Lincoln Pond, des classiques pour plusieurs motocyclistes québécois amateurs de belles courbes. Ça ne lui dit rien. Dans ma tête, je me dis qu’il y a tellement de belles routes dans toute la Nouvelle-Angleterre que je lui pardonne de ne pas connaître celles-là.

« We are a little early for breakfast with friends, so if you agree we will discover these roads with you. » « Sure! »

J’ai toujours beaucoup de plaisir à faire découvrir ces routes, particulièrement la Tracy, à ceux qui ne les ont jamais faites. Mon plaisir, c’est de les amener sur son asphalte, tu l’aurais deviné, plus belle que n’importe quelle route du Québec. De regarder l’excitation sur leur face dans leur casque quand je m’arrête rendue au bout, après environ sept milles et quelque 50 courbes presque parfaites. Du pour bonheur! 

Ce matin-là, je prends donc le lead sur la Tracy, suivie du nouveau mari américain, puis de Marie-Josée qui a décidé de nous laisser lâcher notre fou en avant. Quand je roule en courbes ou en sentier, je suis hyper concentrée. Je jette rapidement un coup d’oeil dans mon miroir pour m’assurer que le prochain est encore là, mais je suis toute à la route. Le Ducati du mari américain est pas loin derrière. Puis je m’arrête au bout de la route comme à mon habitude et j’attends de voir leur réaction. 

Le mari américain descend de sa moto et se dirige vers moi à grandes enjambées en enlevant son casque. J’avais pas remarqué à quel point il était grand, mais je peux voir à quel point il avance vite vers moi…

« Wow!!! This is crazy! How could I miss it?!? I have to show that to my friends!!! Give me five Josée! »

In fact he gave me ten. Marie-Josée a les yeux qui veulent sortir de son casque tellement elle a l’air surprise. Puis elle éclate de rire. “Je te jure, Josée, je l’ai jamais vu aussi énervé!” 

On s’est promis de rester en contact, on s’est écrit quelquefois sur Facebook par la suite, Marie-Josée et son mari américain dont j’ai oublié le nom. Puis la vie de motocycliste étant ce qu’elle est, surtout à distance, on s’est perdues de vue. Mais le temps de quelque cinquante courbes, on a partagé ensemble un beau moment de moto en ce samedi matin ensoleillé dans l’état de New York. Une autre belle rencontre sur la route…

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