En jaquette sur ma bicyclette

Cette nuit, je n’arrivais pas à me rendormir et je suis allée m’asseoir devant la fenêtre pour regarder tomber dans la lumière du lampadaire les premiers flocons de cet autre hiver qui commence. Ça m’arrive de manière cyclique de me réveiller, sans aucune raison particulière, au beau milieu de la nuit et toujours à la même heure. Ça m’arrive aussi parfois de ne pas pouvoir résister quand l’air est doux (l’été bien sûr), d’embarquer sur ma moto et de partir rouler sans but. Juste pour le plaisir de respirer les parfums de la nuit.

Un jour, mon ex se plaignait à mon père (quelle drôle d’idée quand on y repense) de cette habitude que j’ai encore de me lever la nuit pour rester debout pendant quelques minutes à lire, fouiner sur internet, regarder un film, grignoter… ou n’importe quoi d’autre que dormir, comme à peu près tout le monde la nuit et surtout comme quelqu’un qui devra se lever dans quelques heures pour aller travailler. Moi qui croyais que personne ne s’en rendait compte quand j’étais petite (parce que cette habitude ne date pas d’hier, tu t’en doutes), eh bien ce jour-là j’ai entendu mon père dire à son gendre: “Bah elle a toujours fait ça, mais inquiète-toi pas, elle revient toujours se coucher par elle-même”. Quand je suis seule, ça simplifie les choses de ne pas avoir à déambuler sans bruit pour ne pas réveiller quelqu’un d’autre.

Et cette nuit je me suis rappelé la petite fille qui sortait sur la pointe des pieds en pleine nuit, pour aller en jaquette enfourcher sa bicyclette et aller rouler sur le trottoir de la rue Ste-Anne à Chicoutimi, dans les années ‘70 (pas très loin de la fameuse petite maison blanche d’ailleurs, mais quelque vingt ans avant les inondations). Faut croire que dans ce temps-là, on n’enlevait pas ça à Chicoutimi, une fillette en jaquette sur sa bicyclette!

Une fois adolescente, mon père m’a acheté le seul et unique dix vitesses que j’ai eu : un Raleigh rouge candy, le modèle pour filles. Parce que même si j’avais rappelé à mon père qu’un modèle pour gars serait plus solide, il en a quand même fait à sa tête. Et il s’est sûrement dit en sacrant après l’avoir réparé je sais plus combien de fois, qu’il aurait peut-être dû m’écouter. Et encore que j’étais pas une vraie fille. Et c’est avec mon Raleigh qui a je ne sais comment survécu à mon adolescence rebelle et casse-cou, que je m’enfuyais la nuit pour aller bien plus loin que le trottoir de la rue Ste-Anne. Pour sillonner les rues de plusieurs quartiers de la ville et du centre-ville, fascinée par les bruits de la nuit, qui disparaissent avec les premières lueurs du jour, avec le chant des oiseaux et tout le brouhaha des humains.

C’est fou, c’est comme si je pouvais encore sentir les odeurs en repensant à ça aujourd’hui. Et l’impression de liberté totale est encore bien présente aujourd’hui, quand je n’arrive pas à me rendormir et que je sors la moto du garage pour la laisser rouler en silence jusqu’en bas de l’entrée pour ne pas réveiller les voisins. Et quand je reviens après une heure ou deux, je me recouche avec sûrement le même petit sourire heureux de la petite fille en jaquette de la rue Ste-Anne à Chicoutimi.

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